Pourquoi Les Mauvaises Herbes

Derrière le titre, un parti pris

Les « mauvaises herbes », voici une dénomination un peu fourre-tout qui, dans notre imaginaire, est immédiatement associée à une action, celle d’arracher, de désherber, bref de s’en débarrasser. Pourquoi? On sait simplement qu’elles seraient indésirables et nuisibles. Après tout, les coquines poussent de façon spontanée alors qu’on ne leur a rien demandé ! Et pourtant, cette simple définition des adventices, pour leur donner un terme plus neutre, devrait forcer l’admiration. Car il leur en faut de l’ingéniosité pour survivre aux nombreuses attaques et continuer de disséminer leurs graines de-ci de-là.

Pourtant ces « herbes » ne sont pas forcément mauvaises. Dans le champ, elles ne le deviennent qu’à partir d’un certain seuil d’infestation. Et on en oublierait presque que ces plantes sauvages ont constitué pendant longtemps l’alimentation principale et la « pharmacie » des peuples nomades, et sont encore, surtout parmi les communautés paysannes, des invités de choix à leurs tables. Dans l’agriculture alternative, elles font parties de l’équilibre de l’écosystème, qui est si divers, qu’il ne laisse, de toute façon, peu de place à des herbes trop invasives.

Quelle autre métaphore pour désigner ces paysan.ne.s et agriculteurs.trices résistant.e.s, qui continuent de semer ici et là des graines de changement ? Ils et elles aussi doivent faire face à de multiples défis, relevant du changement climatique, de la pollution des sols et de l’eau, de la convoitise pour la possession et le contrôle des terres cultivables, de l’influence des politiques gouvernementales mais aussi de la présence des multinationales et de la spéculation dans le marché agricole. Quelques voix résistantes mettent depuis longtemps en garde sur les risques que représente le système agricole productiviste, aux méthodes conventionnelles, basées sur les biotechnologies et les produits phytosanitaires.
Ces mêmes voix prônent la défense d’une agriculture à taille humaine, basée sur la biodiversité et questionne, par la même, notre relation au vivant. Parfois jugées utopistes, souvent dénigrées pour leur manque de rigueur scientifique, elles continuent de mener leur lutte pour une agriculture durable qui a du sens. Soutenues par des mouvements citoyens engagés sur ces questions, elles se réinventent et proposent un autre modèle de vie, car au-delà de l’agriculture, il s’agit aussi de changer de paradigme.

Les « mauvaises herbes » deviennent alors politiques.

Elles se rebellent et petit à petit réussissent à se faire une place dans le jardin bien discipliné. Elles investissent d’autres espaces et montrent qu’il n’y a pas qu’une façon de cultiver et de se penser.

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